À vingt ans un garçon, c’est toujours un peu nul. Et à 30 ans? Ça fait des albums comme Gisèle...
Après cinq ans passés à la barre du groupe Caféïne, puis deux aux commandes de Poxy, huit au total à sillonner les salles québécoises et ontariennes tantôt comme DJ (Café chaos, Saphir, Escogriffe...), tantôt comme musicien d’accompagnement (Plastic Bertrand, The Electric Brains, Cacao People, Paradise, The Funeral Kids...), le chanteur et multi-instrumentiste montréalais Xavier Caféïne livre enfin l’album qu’on espérait de lui: abouti, dense et éclectique, mais aussi indécrotablement fougueux et dans ta face que ce qu’il nous a servi dans le passé. «C’est le premier album que je fais qui me ressemble vraiment», commente le principal intéressé, qui a co-réalisé l’album avec le calibreur émérite Glenn Robinson (The Tea Party, Voïvod, Grim Skunk...) et y a joué de tous les instruments. «J’ai vraiment voulu repousser mes limites musicales, explorer un spectre plus large. Rentrer tout ce que j’aime sans être pris dans cette espèce de cloison qui me suivait avec mes anciens groupes. On a souvent donné des appellations à ma musique: garage, glam, punk, whatever... J’ai toujours trouvé ça un peu réducteur. Moi, je suis un musicien d’abord et avant tout! Ça veut dire que j’ai le droit de faire des choses qui ressemblent à du Talking Heads, aux Pixies ou à Napalm Death si je veux!»
Premier effort solo officiel, bénéficiant de la touche magique de l’ex-Me, Mom & Morgentaler Gus Van Gogh (The Stills, Priestess, les Vulgaires machins) au mixage de quatre titres («Cette ville», la pièce-titre, «Le Feu» et «Les Corbeaux»), Gisèle n’est pas complètement un nouveau départ non plus pour l’artiste. Après tout, lorsqu’il a ressurgi avec les ébauches de ce nouveau matériel francophone, aux FrancoFolies 2005, c’était bel et bien sous le simple nom de Caféïne. Xavier rappelle que puisqu’il a toujours tout composé et décidé au sein de ses groupes, c’est du pareil au même. «On peut dire Caféïne, on peut dire Xavier Caféïne, au choix. J’ai identifié l’album à mon nom pour bien faire la coupure avec le passé mais ça reste la même chose.»
C’est en s’attaquant au second disque de son projet anglophone Poxy (la suite d’Artificial Pleasures, lancé en 2004), alors qu’il croyait avoir tourné pour de bon la page sur l’ère Caféïne (qui a laissé derrière lui les albums Mal éduqué mon amour, 1998, et Pornstar, 2000), que Xavier a renoué avec son côté francophone. «Je me suis soudainement remis à avoir des idées de textes en français. Quand j’ai eu une couple de chansons de terminées, je me suis dit «wow, c’est parfait! C’est exactement le son que je recherche!»», raconte Xavier. Début 2005, les FrancoFolies lui proposent de donner un concert, lequel se donne le même été devant une foule de jeunes et de moins jeunes qui se souviennent des chansons de Mal éduqué mon amour par cœur. «Je me suis dit: «ok, c’est ça que je fais!»
Tandis que Xavier compose son nouveau groupe live d’un assortiment d’anciens membres de Caféïne et de Poxy (Pat Naud à la batterie, Éric Sonic et Alex Crowe aux guitares) et d’un ex-Snitches (Ghislain Chartier, aussi membre de The Call Up), c’est presque seul avec Glenn Robinson qu’il s’enfermera en studio, en mars et avril 2006, aux studios Le Plateau et Multi-son à Montréal. Seuls Pat Naud et Michel Langevin (Voïvod) seront appelés en renfort pour quelques pistes de batterie, ainsi que deux invités inattendues aux chœurs: les Soeurs McGarrigle, qui accompagnent Xavier sur sa reprise rock de leur classique «Cheminant à la ville». «Quand je fais des covers, il faut que ça soit surprenant», déclare celui qui a déjà réservé le même traitement spécial à «Suzanne», de Leonard Cohen, avec Poxy.
Par la force des choses, Gisèle renvoie parfois à Mal éduqué mon amour («1-2-3-4», «OK»), parfois à Pornstar («Babylon», «Gisèle») et parfois à Poxy («Aéroport», «Pékin Love»). Mais c’est vraiment lorsque Xavier explore de nouveaux territoires que l’album prend vraiment son envol. «Montréal (cette ville)» – entendue en version démo sur la compilation Montreal Noise vol. 1 du magazine NightLife – et ses choeurs solennels, «La fin du monde» et son rythme dansant très post-punk, «Cheminant à la ville» et ses échos sixties, «Les Corbeaux», «Corbillard»... toutes voient à leur façon le musicien atteindre un niveau de complexité dans les arrangements et les textures rarement entendu dans le rock québécois dit «alternatif». Le signe d’un artiste mûr... mais pas trop. «C’était important que les textes ne prennent pas trop de place, qu’on puisse se concentrer sur la musique si c’est ce qu’on cherche, explique Xavier. Mais ceux qui veulent s’y attarder vont trouver des propos plus fins, plus poétiques. Après tout, je comprends mieux mon environnement qu’avant.»
À l’image de sa singulière pochette signée Louis «Bobo» Boutin des Georges Leningrad – les fans de la première heure s’en souviendront pour ses loufoques introductions de presque chaque concert de Caféïne, durant les trois premières années du groupe – Gisèle commence dans la ruelle, dans le monde punk d’où vient Xavier, mais nous emmène rapidement dans des lieux inexplorés. «Je voulais que ça soit comme un voyage, avec un décollage, un vol, un atterrissage», renchérit l’homme à tout faire. «Y’a un univers musical, des thèmes – je parle beaucoup de la fin du monde, notamment – qui se relient sans être les mêmes. Tu es supposé terminer avec l’impression d’avoir regardé un film. Y’a pas d’histoire concrète, c’est plus comme un film d’art... Un vrai album, finalement!»
Merci, donc, d’avoir à nouveau choisi les lignes Air Caféïne... S.V.P. veuillez maintenant vider vos valises...